Recoupement. Copier/coller. Quelques annotations éparses. Pour l’instant, un joyeux bordel, très satisfaisant. Emploi du temps : levé-café ; 9 heures-13heures ; je bois un pastis ; déjeuner ; café ; 15 heures-19heures. Parfois, je termine par une journée de pêche dans les marais proches. Le soir, je lis des livres très chiants, que j’annote. (Avant cela, il faut dire que je m’y suis soigneusement préparé en avalant le dernier Dantec). Mais avant cela, il m’a fallu séparer, hacher, trancher :
1. Littérature, Critique et Institution 2. La Langue Nouvelle 3. La Représentation et l’Indifférencié 4. L’Ecriture Prostitutionnelle.
En somme, reproduire très précisément le geste (de castration) par rapport auquel s’inscrit l’écriture de Guyotat. Le geste initial, et qui me permet d’écrire. C’est-à-dire que, parlant d’un défaut de ce geste, ou d’un défaut dans sa résolution, je ne peux pourtant m’extraire de sa résolution "normale". Défaut critique. En d’autres termes : comment inscrire dans le champ de l’institution ce qui s’énonce comme subversion de ce champ ? D’où, peut-être, la raison de ce work-in-progress. Laisser comme un point de fuite à un arsenal qui clôture l’œuvre. Justification toute impersonnelle, à l’usage de personne.
Je reprends. La littérature et la loi.
Loi/pouvoir - (prescrire) La critique, la presse, le marché, le contexte politique et idéologique - « [...] solidarité de ces systèmes isomorphes que sont capitalisme, logocentrisme, phallocentrisme, monarchisme [...] ». Montrer à la fois le caractère secondaire du rapport de force entre littérature et loi (secondaire, car issu le plus souvent d’une erreur, d’une méprise de la part de l’autorité jugeante) - et à la fois le caractère essentiel de ce rapport de force (élargir le concept de loi à celui de règle, d’ordre, de pouvoir). Le déplacement de la littérature jusque dans un tribunal n’est qu’un avatar du rapport entre loi et littérature...
Loi/ordre - (proscrire) L’interdiction, le geste d’interdire, l’affaire Eden, Eden, Eden. Ambivalence de l’espace littéraire - empirique (sous la forme du livre) et symbolique (œuvre de l’esprit). L’artiste, l’écrivain, peut-il tout se permettre (Dostoïevski, « si Dieu est mort, tout est permis ») ? La loi réagit lorsque le champ symbolique peut avoir des conséquences dans le champ empirique. Flottement de ce « peut avoir », de cette potentialité de perméabilité entre le symbolique et l’empirique. Car sanctionnant, la loi condamne ou interdit une œuvre, c’est-à-dire quelque chose qui existe, empiriquement. C’est l’œuvre qui est interdite, mais ce sont ces effets potentiels qui sont visés. Ce flottement provient du fait que l’œuvre d’art est un acte sans mobile. Pour la loi, un acte est toujours vectorisé par un mobile. Le « mobile » de l’œuvre symbolique sera donc ses effets « possible » dans le champ empirique. Ce flottement est aussi le lieu du désir du censeur. Celui-ci ne pouvant appréhender directement les effets de l’œuvre dans le champ empirique, les fantasme et le fait advenir à la réalité sous la forme de la sanction. D’où une certaine complicité du censeur avec l’œuvre incriminée. La question de la loi - et de la morale - est bien aussi celle de Dieu, de l’absence ou de la présence justificatrice de Dieu. Freud : la moralité prend son origine dans la sexualité. Lacan : le sexuel est l’amoral.
Loi/refoulement - (déplacer) Création d’une langue qui ne résiste pas, dont les stratégies de résistance seraient court-circuitées. Langue non symptomatique, qui s’oppose à la langue névrotique dans laquelle j’écris cela. Problème de la représentation. Syntaxe, grammaire. Une « langue nouvelle », qui n’est pourtant pas du côté de la perversion non plus - la tache aveugle de cette littérature névrotique. La littérature perverse est encore du côté de la loi. Le lecteur de la « langue nouvelle ». « Infantia, ce qui ne se parle pas. Une enfance qui n’est pas un âge de la vie et qui ne passe pas. Elle hante le discours... Ce qui ne se laisse pas écrire, dans l’écrit, appelle peut-être un lecteur qui ne sait plus ou pas encore lire » (Lyotard). Rapport d’assujettissement (sujet), en dernier lieu, au langage. Sujet/représentation qui rend possible la punition, et la faute. La loi et le secret : « Comment la loi lèverait-elle le secret sur elle-même sans rendre impossible le renoncement dont elle se nourrit ? » (Deleuze). La Nouveauté (de la langue) : « Ce que les ennemis de l’art nouveau, avec un instinct plus juste que ses apologistes anxieux, appellent sa négativité, est la substance même de ce que la culture établie a refoulé et qui exerce une puissante attraction. Dans le plaisir qu’il éprouve devant la réalité refoulé, l’art s’ouvre en même temps au désastre, au principe refoulant » (Adorno).