Après avoir publié en 2004, Musiques de la révolte maudite aux éditions Caméras Animales, Mathias Richard récidive chez l’éditeur parisien Le Grand Souffle qui fait paraître son dernier texte, Anaérobiose, un texte sensitif par excellence ; un texte cœur, sexe, main, bouche âme et œil tactiles d’un périple en tous sens, et par tous les sens entrepris.
C’est à la fois d’une telle tendresse et d’une telle force -violence presque-, que le récit vivant, le chant ivre de Melrobor-Vampor, cet hymne à la copulation universelle se déploie sous les yeux du lecteur à la vitesse de la lumière.
Au fil d’une traversée de l’Europe qui le mènera de Montreuil jusqu’en Turquie, et au gré des rencontres qu’il y fera, c’est dans un total isomorphisme du langage avec les impacts du réel que le narrateur nous entraîne.
Mathias Richard, dont l’écrit sans artifice ni concession dispose en effet du réel sans jamais semble-t-il vouloir le trahir, s’approprie du tangible l’infini champ des possibles dont les inhérentes ornières d’erreurs et de bêtise sont esquivées par sa volonté de n’y voir que le grotesque, parfois en désirant même s’y confronter réempruntant alors au "Fiacre sacré du plaisir" le simple merveilleux.
Doté d’une langue pure et insoumise à l’ordre civilisé, aux fictions des représentations, à leurs conjurations, d’une langue libre qui ne reconnaît pas d’autre urgence que celle de faire vibrer le corps verbe en patience et par passion impatiemment, le faisant en tous les cas librement se mouvoir, Mathias Richard, redécouvrant peut-être l’algorithme fabuleux d’une chorégraphie commune à l’être et au cosmos "je programme un ordinateur pour sauver ma vie", retrouve, révèle et rend hommage à la trace perceptible de l’âme d’une nature vibratoire jusque dans l’asphalte ou nos déchets domestiques.
C’est brut, très beau, et ce n’est peut-être pas non plus tout à fait un hasard si le trajet du voyage passe par la petite ville de Montignac, non loin de Lascaux, ou bien encore que ses compagnons de route d’un moment s’appellent entre autres, Zach Ovide, dit l’Ogre, Lianh ou bien Annah.
De ce texte ne se dégage donc pas seulement une histoire (des histoires) mais également la nécessité qu’éprouve Mathias Richard à évoluer en permanence par et au delà des mots dans le don pluriel de l’agir, cet acte sacré qui consiste pour lui à mettre en œuvre l’être et le monde dans un rapport essentiel capable de faire naître les lieux et les instants comme autant de sanctuaires qu’une conscience errante et multiple habiterait de sa permanence spirituelle. Jouissif ! Dionysiaque ! ...