Frédo Roman (Nonstop)
NÉ, ÉLEVÉ ET ABATTU EN FRANCE
Le mercredi 13 septembre 2006
Si le coup de tête/balayette se traduisait par une création artistique, je dirais que Nonstop est celle-ci.
La réponse à une usine puissamment capital/chimique qui exploserait dans les quartiers pauvres (on dit banlieue pour se mentir un peu), Frédo Roman pulvérise en millions/mots les flasques pensées d’artistes contemporains plus à même de vendre des plans épargne que de revendiquer le cataclysme d’un message/ravage.
Vidal, que j’appellerais l’intègre hirsute, a croisé le chemin de ce flamboyant poète de tout de suite, maintenant.
A.V.
La rencontre
Avec son album Road Movie en Béquilles, Frédo Roman alias Nonstop a accouché d’un OVNI dans le paysage musical français. Écriture luxuriante, arrangements bâtards, voici un disque qui n’a pas envie de plaire mais qui fera date. Son concert des Eurockéennes de Belfort devant une foule disparate fut explosif. Quelques heures auparavant, rencontre avec ce metteur en scène d’images mentales.
Comment as-tu été amené à travailler avec Stéphane Blanquet pour illustrer ton premier album Road Movie en Béquilles ?
F.R. Lorsque le disque a été terminé, il a bien fallu se poser la question de la pochette. Je voulais un dessin à la Jérôme Bosch, avec un foisonnement de détails, qui corresponde à l’ambiance de l’album. Mon label Ici d’ailleurs s’intéresse pas mal à la BD. Ils m’ont donné des noms d’illustrateurs dont celui de Stéphane Blanquet. Je suis allé voir son site, je lui ai envoyé un mail, une semaine après, il me répondait. Il m’a envoyé quelques dessins avant que je me décide.
Cette pochette m’évoque la catastrophe AZF qui a eu lieu à Toulouse, où tu vis. Comment as-tu vécu cet événement ?
F.R. Je n’ai jamais autant écrit qu’après AZF. À l’époque, je travaillais comme agent de médiation à l’Empalot, un quartier situé à proximité de l’explosion. (Il marque un temps d’arrêt). Mais à la réflexion, je n’ai pas forcément envie de m’attarder sur ça. Il y a des gens qui ont largement plus souffert que moi dans cette histoire...
Pourtant, quel titre de ton disque parle plus particulièrement de la catastrophe AZF ?
F.R. Mais tous les titres ! Ces titres, ils parlent autant des élections de 2002 que des Twin Towers, de la part de pure violence de notre société.
Est-ce que c’est pour cela que tu hurles sur ton disque ?
F.R. Je trouve que mon écriture et mon ton devraient être encore plus durs. On entre dans un nouveau millénaire et moi, ce que je ressens, c’est un sentiment d’injustice, le sentiment de ne pas me sentir chez moi...
« Né, élevé et abattu en France », c’est comme ça que tu a signé un message que tu écrivais à un de mes amis...
F.R. Cette phrase, elle figurera sur le deuxième album. C’est plus un slogan qu’autre chose mais pour moi, il illustre que ce pays, ce n’est pas la France, c’est une société où n’importe qui tend à devenir inhumain et robotique.
Quelles sont tes premières impressions en arrivant au sein d’un grand festival comme Les Eurockéennes ?
F.R. Écoute : ce que j’ai vu pour l’instant, c’est des CRS, des gendarmes, des vigiles, des attachées de presse. Des flics, quoi. (Il marque une pause). Bon, les journalistes aussi peuvent être des flics à leur façon, non ? (sourire).
Les artistes aussi...Patrick Sébastien, par exemple.
F.R. Ou Laurent Gerra.
Mais y a-il des artistes que tu es content de voir aux Eurockéennes ?
F.R. Je vais aller voir les Deftones. Les Arctic Monkeys aussi valent le coup. Ce qu’ils font est franc, net. Ça me plait.
Et le hip-hop ? La Caution, qui se produit aussi aux Eurockéennes ?
F.R. Je ne connais pas bien. Le rap, ce n’est pas mon univers. Je n’ai pas envie d’être un porte-drapeau. Dans le hip-hop, il y a quand même des groupes qui relèvent le niveau, comme La Rumeur, par exemple.
Arnaud Michniak, l’ex-Diabologum qui a participé à ton disque, est d’avantage inspiré par le rap...
F.R. C’est mon meilleur ami. D’ailleurs, mon frère, le bassiste Richard était dans Diabologum tout comme mon batteur Den’s, qui était aussi le leur. C’est clair que je me reconnais tout à fait dans une « famille » Lithium. C’est un label qui manque, dans le paysage actuel...
Parlons des concerts. Comment avez-vous rodé votre formule live, avec le scratcheur DJ Vener ?
F.R. On a fait pas mal de dates, en se débrouillant pour prendre des congés car on travaille à côté. On a joué au Nouveau Casino, à l’Aéronef à Lille, à Toulouse, on va se produire au Festival de Dour en Belgique. En concert, c’est plus brut, pas super carré.
La production de l’album aussi est un peu cheap, tes arrangements plutôt inventifs auraient mérité un meilleur écrin, non ?
F.R. Moi ça me satisfait. C’était important de préserver un côté « indé ». Si ça avait été mieux produit, on aurait perdu en urgence. Ce que je sais, c’est que ce que j’ai écrit est bien parti pour rester. C’est un regard sur l’époque. Pour l’instant, je fais les musiques et les textes, la suite on verra.
Sur l’album, il y a plusieurs titres qui se démarquent. Le cœur dans le dos avec son sample de François de Roubaix. Qui est-ce ?
F.R. C’est un compositeur de musiques de films des années 70, l’un des premiers à avoir bossé avec des synthés. Je l’ai découvert à travers des compilations, il a notamment fait la musique du film le Samurai de Jean-Pierre Melville.
Et ce titre, « librement inspiré du film Les Fantômes de Teddy Philippe » ?
F.R. Il s’agit d’une série de faux documentaires intitulée les « Documents Interdits », diffusée il y a une dizaine d’années sur Arte. L’un d’eux m’a inspiré Le Fils du Soldat Inconnu : cela se passait dans le désert, on y voyait des groupes de personnes qui disparaissaient et qui ré- apparaissaient. Un genre de docu-fiction, dans la lignée de ce qu’a pu faire récemment Werner Herzog.
Propos recueillis par Vidal.
Collectif Hirsute