Le journal La Décroissance [1], tiré à 45000 exemplaires - 2 € pièce, est une émanation de l’association Casseurs de pub [2], créée en 1999.
Après lecture du numéro 41 de La Décroissance, le concept commence à étendre ses ramifications dans ma vieille tête. Déjà, le vocable est dépréciatif pour l’individu lambda, mais à la mode.
L’évident, c’est que la décroissance constitue une remise en cause de la croissance. Cette dernière se voudrait encore créatrice d’emplois, alors que s’accroissent les inégalités et l’individualisme. De même, la décroissance est une façon de court-circuiter la course à l’abîme qui menace chaque jour l’environnement et notre qualité de vie respirable sur la planète entière.
Si l’idée a du mal aujourd’hui à être admise, c’est parce qu’elle nécessite un changement radical de notre mode de pensée. Il est en effet nécessaire de ne plus être séduit par la technologie, pour les raisons évoquées ci-dessus.
De même, il est nécessaire pour chacun d’entre nous de réduire sa soif de puissance, cet orgueil qui lui vient facilement, ainsi s’auto-limiter pour vivre mieux. Pas donné tout cela, quand il s’agit de mettre au pilon les strass paillettes de cette civilisation de la consommation.
Et ce d’autant plus que l’enfer est pavé de bonnes intentions : culture bio pour esclavage moderne, développement durable pour croissance à tout crin, nanotechnologies pour 1984 de George Orwell, subventions pour fausse culture, progrès pour conservatisme.
Alors, que proposent les Décroissants ?
Faire un maximum de choses soi-même, auto-produire
Pratiquer une agriculture sans OGM
Raccourcir le circuit entre producteur et consommateur
Lutter contre la désertification des communes rurales
Accroître le pouvoir de décision au niveau local
Utiliser les énergies renouvelables dès que possible
Éviter les courses aux subventions par souci d’indépendance
Affranchir financièrement les structures de redistribution de la charité : Emmaüs, Les Restos du Cœur
Et pour faire aboutir tout cela, de quoi disposons-nous ? D’armes intellectuelles :
Ne plus confondre le non de l’enfance avec le non du dissident, encourager le développement de ce libre-arbitre contre soi-même et la société, si nécessaire
Faire un inventaire du laid pour savoir où est le beau
Utiliser le moins possible la voiture
Éteindre le plus souvent possible la télé
Relire les philosophes des Lumières
Partager les richesses, pas seulement sonnantes et trébuchantes
C’est de cette prise de conscience intérieure que tout doit partir avant que les autres idées, plus techniques, puissent trouver leur expression sociale.
D’ici là, la décroissance n’a pas fini de faire sourire, c’est un peu trop baba cool mais cela ne durera peut-être pas car nécessité fait loi.
Patrice Maltaverne