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Chroniques de l’inactuel
Le lundi 3 avril 2006
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Entretien avec Jean-Louis Costes par Axelle Felgine,
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A.F. - Dans vos textes, les paroles de vos chansons et dans vos spectacles, on trouve très souvent mise en scène une innocence brisée ou violée : la vierge (in « Le Culte de la vierge »), l’enfant (in « Pédé-pédophile » [1]), ou l’idiot (la soeur mongole in « Viva la Merda » [2])... On n’a pas l’impression qu’il s’agit d’une nostalgie de ces états-là ni d’une fascination purement esthétique ... cette expérience radicale, organique, du Mal, elle a un sens moral ou c’est autre chose ? J-L Costes - C’est mon cul violé par le père et la queue castrée par le regard de la mère. C’est l’enfant innocent, le contrepoint de la violence, car toujours je balance entre haine inassouvie et amour inavouable. A.F. - Dans vos spectacles, vous mettez en scène, en musique et en mots, une violence primitive, le sacrifice ressemble à une espèce de festin rituel. Les valeurs et les symboles : vous voulez les violer, vous en repaître ou ... vous affamer ? J-L Costes - Mon corps est tatoué scarifié de symboles. Il y a des croix en travers dans mes intestins. Et mon cerveau est quadrillé par les robots moraux. L’enchevêtrement symbole métal froid / chair sang chaud est inextricable. Aucune cisaille de pompier de la loi ne pourra en venir à bout. Alors ça sort en tas, tous les ingrédients mêlés dans le caca. A.F. - L’ « homme sauvage » et l’ « art sauvage », ce sont des fictions théoriques ou ces expressions ont-elles un sens pour vous ? J-L Costes - L’homme n’est pas sauvage. L’homme est un slip sur une bête sauvage. L’art est le cri idiot d’un singe qui enlève son slip qui lui gratte le cul. A.F. - A vos détracteurs (nombreux) mais aussi à ceux qui vous placent au panthéon des subversifs, vous répondez que votre art n’a aucune « intention subversive ». Votre œuvre, vous la voulez souverainement in-justifiée, dans un sens quasiment mystique, non ? J-L Costes - Je ne suis pas parti d’un engagement vers l’avenir léger mais d’une réaction au poids du passé. Je me débats connement dans des liens plus forts que moi. Mon œuvre paraît subversive mais elle ne l’est en rien puisque je reste prisonnier. L’oeuvre est libre par ses ratages qui font des trous dans la trame du filet, mais l’artiste est l’éternel condamné à tout rater. Ca devient mystique quand j’accepte l’échec, que j’ai trop crié et je tombe à genoux. Je vois, cachée sous la commode, une croix en bois avec un corps froid. Et je me reconnais façonné vivant à l’image d’un dieu mort. A.F. - L’artiste, vous le voyez plutôt comme un combattant, comme un génial imposteur ou comme un traître ? J-L Costes - Un combattant, car il faut lutter pour produire malgré la misère matérielle et les menaces de mort. Un génial imposteur quand il fait miroiter la liberté du chaos aux humains methodiquement attachés. Un traitre, car il cherche la Gloire et abandonne dans l’obscurité ses frères de misère. A.F. - L’homme, vous le voyez plutôt « souillé » ou plutôt « souillure » ? J-L Costes - L’homme est un souillé souillure. Une évidente souillure Mais je comprend pas bien ce qui a souillé comme ça le brave singe de base ? Mais putain merde Chimpanzé, t’as marché dans la merde de Dieu ou quoi ? ! Le roman "Grand Père" de Jean-Louis Costes vient de paraître chez Fayard. Plus d’infos sur le site du livre. Visitez le site de Costes. [1] Texte publié dans la revue Hermaphrodite (n°4). [2] Le premier roman de Costes, publié aux éditions Hermaphrodite.
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Co-fondatrice des éditions Le Mort-Qui-Trompe.
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