V.I.T.R.I.Ø.L.

par Axelle Felgine,    

 

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« C’est l’histoire d’un être qui meurt ». Dès les premières lignes, le corps immobile et froid de l’aimée congédie le poète, le renvoie au silence de l’idiot. C’est là que V.I.T.R.I.Ø.L. commence, dans la réelle présence de la mort et dans l’éclipse brutale du sens. Le poète n’est pas seulement habité par l’absence : la mort le brûle vif. Le requiem annoncé n’est pas de ces hommages qui entretiennent les morts et figent la mémoire : c’est une quête, une incantation et un effondrement. Dans le récit des rencontres, des ruptures et des morts, le présent du poème est transpercé par la vocation de l’essentiel et par l’oubli, par l’âpreté du réel et par la pureté désincarnée du souvenir. Pour dire la profondeur de la blessure, l’écriture charrie les larmes, le sang, les soupirs et les chants. On pense à l’expérience d’Artaud : « au moment où l’âme s’apprête à organiser sa richesse, ses découvertes, cette révélation, à cette inconsciente minute où la chose est sur le point d’émaner, une volonté supérieure et méchante attaque l’âme comme un vitriol attaque la masse mot-et-image, et me laisse, moi, pantelant comme à la porte même de la vie... ». V.I.T.R.I.Ø.L. est plus qu’un flux nerveux. Nulle économie dans la concision, mais une pensée ramassée en quelques mots d’une étrangeté incisive et d’une précision tranchante. On est loin de l’esthétique des catacombes : la fureur de cette écriture organique est un souffle. Le manuscrit que recherchent les protagonistes du récit se révèle littéralement toxique : les bavards au souffle dispendieux, comme les avares qui voudraient conjurer la mort par l’Hymne au Soleil, ne parlent pas : ils expectorent et meurent. Dans le terrifiant « Mourirs vifs », récit autobiographique où se succèdent les séjours à l’asile et les relations avortées - autant de morts au monde -, le poète proteste contre l’essoufflement de nos vies, contre les petits et les grands compromis qui font les plaisirs moutonniers : « la résurrection de celui qui meurt à lui-même, à sa vie médiocre, pourrie de compromis, ne peut advenir que par les mots du corps ». L’écriture de V.I.T.R.I.Ø.L. n’est pourtant ni une cicatrice, ni une séquelle laissée par la morsure de la « bestiole interne ». Dans les dislocations, les sédiments de la mémoire, l’exécration et la célébration, le poète fait l’expérience de l’absolu, du mourir à soi, de l’écrire-contre-soi, pour retrouver, derrière le vernis écaillé des mots, l’éclat mat du « diamant noir à cinq faces ». C’est une patience à l’œuvre.

V.I.T.R.I.Ø.L. est le premier livre d’Arnaud Pelletier, jeune poète dont la disparition brutale, en juin dernier, a profondément attristé ceux qui avaient eu la chance de le connaître et de lire ses premiers textes.

Arnaud Pelletier. V.I.T.R.I.Ø.L. (suivi de Mourirs vifs) Postface de Hubert Haddad Editions Caméras Animales. 2005. 12 €.

Commandez ce livre en ligne sur le site des Editions Caméras Animales.

 


Axelle Felgine

Co-fondatrice des éditions Le Mort-Qui-Trompe.

 




 

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