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Confondre Jour 21 - Babel heureuse par Valérian Lallement,
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PRATIQUE COMBINATOIRE QUI CORRESPOND, en amont, à une rupture de la linéarité du récit que suppose la représentation, et dont le texte savant portera la marque : « Allez ! Plus de souplesse vis à vis de la « digression » . Je n’ai pas eu d’ordre divin ou policier pour faire de la fiction en ligne droite » . L’œuvre ne s’écrira pas selon un plan, ce qui supposerait la prépondérance du texte théorique dans la combinatoire textuelle, et la reconnaissance rhétorique de la loi - c’est-à-dire l’impossibilité même de l’œuvre : « [...] pas de plan, le seul à quoi se soumettre c’est celui que l’inconscient pousse devant lui, au fur et à mesure que le texte s’accumule » , mais par capillarité à travers le tissage de multiples réseaux de sens. La pratique combinatoire décompose la hiérarchie des fonctions de la représentation : transformation linéaire de l’objet référent en objet signifié, puis en objet signifiant. A cette linéarité de la fonction de représenter, la combinatoire textuelle substitue toutes les conjugaisons possibles de chaque niveaux du texte - de chaque niveaux de la représentation. Dans cette pratique, le texte sauvage se trouve dans un rapport d’identité avec l’objet référent : objet qui na pas de sens (archaïque), et, même s’il s’écrit, n’a pas encore de formulation. Il ne prendra sens qu’à la faveur du texte de note, qui remplit le rôle de l’objet signifié, qui ne signifierait plus à partir d’un geste de limitation, d’exclusion ou de résolution des contradictions, mais qui, au contraire, chercherait théoriquement à faire advenir tout cela que le sens évacue sur la langue. Il formera enfin l’œuvre dans le texte savant - l’objet signifiant. Texte savant qui, au lieu de les effacer, comportera tous ces textes, tous ces mouvements contradictoires, et toutes ces oscillations qui lui ont donné lieu. C’est la pratique consciente de la combinatoire textuelle qui établit l’usage de cette décomposition au lieu même où la représentation joue. Décomposition qui a pour objet de confondre la représentation, c’est-à-dire de la faire échouer, et en même d’en révéler le secret - à savoir le lien congénital qui l’unit à la loi, et que tout acte d’écriture figure en même temps la naissance de la langue et de la loi. Confusion provoquée aussi au niveau de l’instance écrivante - le sujet, l’auteur - dont la représentation suppose l’unité et qui va consister dans un éclatement. Eclatement qui travaille contre la fonction exclusive de l’auteur, et pour une fonction inclusive : rien ne doit échapper au texte, tout doit être noté, lié, délié, transformé - confondu : « Ecrire, produire, « aveuglément », remanier, travailler à la machine » . Au lieu même du texte théorique, conceptuel (aussi bien : le texte de note, s’il travaille seul), « concomitant à la négation, à la mise en extériorité », où joue un « dispositif de renfermement », de « délimitation » « qui va produire l’extérieur et l’intérieur, qui va enclore l’extension du concept, qui va définir les lieux (de l’art, de la culture, de la production, de la politique, de la sexualité) » , l’éclatement du sujet par la pratique combinatoire travaille « à rendre également le processus externe et le processus interne », à « sortir le processus interne de son logement rhétorique, de la chaleur de « l’interne » » . Décomposition de la fonction de représenter, éclatement du sujet et du texte, interdépendance dynamique des niveaux du texte, qui permettent d’établir des correspondances entre les différents moments de l’élaboration de l’œuvre et différentes formes d’exercice de la loi : « [...] Algérie, texte-matrice (La Prison), rédaction, combat pour la publication, publication, menace d’interdiction (mais un arrêté de Massu interdit quand même la lecture de Tombeau pour cinq cent mille soldats dans toute l’armé française d’Allemagne), et, derechef, voyage au Sahara, texte-matrice (Bordel Boucherie), rédaction, combat pour la publication, publication, puis lutte contre l’interdiction effective, officielle » (LI, 111) . Le texte sauvage est le moment d’une lutte entre texte et loi, en amont de tout exercice effectif de la loi, mais à travers l’interdit (inertie, représentation, etc.). Il est écrit la nuit, d’une traite, ou à l’étranger - c’est-à-dire au milieu d’une langue étrangère. Il vise à faire apparaître ce que l’interdit empêche. Il n’échappe pas à l’interdit mais fait coïncider contradictoirement toutes les positions que la langue peut adopter face à la loi - il inscrit son secret. Le texte de note et la rédaction simultanée du texte savant sont l’occasion d’une lutte consciente contre la loi telle qu’elle est apparu jouer contre le texte sauvage. Ils visent à faire figurer le refoulé que le texte sauvage indique, par une pratique transformative consciente des structures de la langue. Le combat pour la publication est le moment de lutte contre une instance éditoriale de la loi - c’est-à-dire contre une forme supposée prochaine de l’interdit juridique. La publication est la victoire temporaire remportée sur la loi - loi jusqu’alors non pas répressive, mais censurante. L’interdiction apparaît alors comme le dernier recours de la loi pour empêcher le texte et suppose en retour la défense de l’œuvre - c’est-à-dire la relance de la combinatoire textuelle : la défense de l’œuvre par le texte de note avec la publication de Littérature Interdite va produire infiniment du texte sauvage et du texte savant. Interdiction qui radicalise le texte de note en provoquant pour la première fois sa publication - et dont on peut parler comme d’un texte de diversion, qui a aussi pour objet de confondre la loi, et qui expliquera en retour pourquoi semblable texte accompagne toujours, depuis l’interdiction, la publication de l’œuvre : Littérature Interdite/Prostitution ; Vivre/Le Livre ; Explications/Progénitures.
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Responsable éditorial des Éditions Le Mort-Qui-Trompe.
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