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La Littérature et la loi (VIII) Jour 8 - Commenter : l’usage et la nouveauté par Valérian Lallement,
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Depuis quelques jours, mode Xtenzion. Il me faut parfois passer six heures d’affilée sans ciller, c’est-à-dire sans bouger mon putain de cul de ma putain de chaise. Alors, Xtenzion m’aide - braves Hollandais ! Une pilule au réveil - mes yeux s’ouvrent grands ; une autre après déjeuner - je ne sens pas les effets de la digestion - j’y retourne immédiatement ! De formule brute C10H15ON, l’éphédrine est un alcaloïde extrait des rameaux de plantes de la famille des gnétacées, les éphédras, dont il existe de nombreuses variétés ; celles de Chine, du Tibet et du Pakistan sont les plus employées ; elles poussent généralement à l’état sauvage dans ces régions. Du point de vue chimique, l’éphédrine est un aminoalcool dont la molécule est très voisine de celle de l’adrénaline. Xtenzion| 550 mg of ephedra extract (8%) ; 250 mg of guarana extract (22%) WARNING : Do not take this product if you are pregnant or lactating. Persons with high blood pressure, cardiovascular disease, diabetes, prostatic hypertrophy, glaucoma, psychosis or thyroid disease must not take this product. Do not combine with MAO-inhibitors or asthma medications. KEEP OU OF REACH OF CHILDREN. www.azarius.net La question de la légitimité de la loi à intervenir dans le champ littéraire, comme celle de l’irresponsabilité positive de la littérature par rapport aux différentes formes de la loi, subsument une autre question, fondamentale, celle de la possibilité et de la légitimité du commentaire, de sa place dans la relation de la littérature à la loi. Qu’est-ce donc que ce discours sur l’œuvre - et sur la loi - qui prétendrait s’extraire de son objet ? C’est-à-dire qui s’autoriserait à parler d’une relation intérieure au langage, mais de manière extérieure. Pour le lecteur, pour le critique - mais aussi pour la loi - la difficulté à aborder l’œuvre est proportionnelle à la nécessité du commentaire, qui « n’a pour rôle, quelles que soient les techniques mises en œuvre, que de dire enfin ce qui était articulé silencieusement là-bas » . Cette nécessité du commentaire, qui en fait un des termes positifs de l’œuvre, ne dit rien sur la légitimité des techniques mises en œuvres. La difficulté du discours critique tient en ce qu’il est autorisé par la loi tout en prenant pour objet un discours qui est interdit. Intenable position du commentaire qui le situe à la fois dans le champ propre de l’œuvre et dans le langage de la loi. La question se pose alors de la possibilité d’un discours qui inscrive dans le champ de la loi, de l’institution, ce qui s’énonce comme subversion de ce champ. Le commentaire ne doit pas chercher à faire advenir un sens caché de l’œuvre, ce qui ne dirait que le caractère oppositionnel de et réactionnel sa relation à la loi, mais doit se concentrer exclusivement sur les points de convergence de la littérature à la loi - c’est-à-dire au lieu même d’un malentendu insurmontable : dont l’interdiction est le signe éclatant. L’œuvre de Pierre Guyotat réclame donc du critique qu’il parle à partir d’une position théorique inédite : « Infantia, ce qui ne se parle pas. Une enfance qui n’est pas un âge de la vie et qui ne passe pas. Elle hante le discours... Ce qui ne se laisse pas écrire, dans l’écrit, appelle peut-être un lecteur qui ne sait plus ou pas encore lire » . Position qui donnera le change à une carence de l’instrument critique - qui ne permet pas de lire, non parce que le monde ou la langue qu’on donne à lire au lecteur serait illisible, mais parce celui-ci ne saurait sortir d’une lecture conditionnée par les règles propre de sa langue. Position théorique qui révèle aussi le caractère faux de la question de la lisibilité de l’œuvre - qui est, finalement, toujours celle de sa lisibilité par la masse . Désapprendre à lire, n’est-ce pas aussi poser la question de l’autorité du commentaire sur le texte ? Autorité qu’il exercerait au nom de valeurs extérieures à l’œuvre, et qu’il tiendrait de la loi. Au lieu d’interroger avec l’œuvre la relation du langage à la loi, le commentaire en conjurerait l’inépuisable questionnement - sauf à n’être qu’un moment particulier de l’œuvre, moment proliférant qui reconnaîtrait son inachèvement essentiel et qui s’inachèverait lui-même, non dans un sens, mais dans un questionnement infini sur sa propre relation à la loi et à la littérature. Dans cette mesure seulement il peut parler dans l’œuvre - et donc devenir aussi un des termes de la relation de la littérature à la loi : terme à jamais ambivalent et qui prendrait sur lui d’expliquer le malentendu initial de cette relation. L’ambivalence du commentaire, qui tient à la position intenable qu’il occupe dans sa relation à la littérature et à la loi, se manifeste visiblement au moment de l’interdiction d’Eden. On aura a analyser dans le détail les procédures misent en œuvre par le commentaire lorsqu’il se fait le bras droit de la loi - lorsqu’il se met en position de juger l’œuvre. Les réactions de la critique à l’œuvre de Pierre Guyotat révèlent un lien complémentaire d’une certaine forme du commentaire avec la loi. C’est pour les mêmes motifs que la loi interdit et que la critique condamne - à cette différence près que la loi n’avoue jamais les véritables raisons de son intervention, à savoir qu’elle est garante d’un certain usage de la langue. Et c’est dans la mesure où elle ne peut légitimer son intervention en ce qui concerne un problème linguistique qu’il incombe à la critique d’avouer l’inavouable inquiétude de la loi : inquiétude à l’égard de ce qu’est le discours dans sa réalité matérielle de chose prononcée ou écrite ; [...] inquiétude à sentir sous cette activité, pourtant quotidienne et grise, des pouvoirs et des dangers qu’on imagine mal ; inquiétude à soupçonner des luttes, des victoires, des blessures, des dominations, des servitudes, à travers tant de mots dont l’usage depuis si longtemps a réduit les aspérités. On pourrait dire que la relation critique telle qu’elle ne peut que condamner la nouveauté de l’œuvre est une forme littéraire de l’inquiétude de la loi. La critique protège le bon usage - expression tautologique : l’usage est toujours bon pour l’institution - de la langue contre la nouveauté. Usage dont Pierre Guyotat ne fait pas l’économie dans la partie critique de son œuvre, mais qui apparaît, au regard de l’œuvre fictionnelle, comme accidentel et qui n’est que l’occupation - au sens militaire du terme - réactionnelle du lieu d’une confrontation pourtant déjà transversale de la littérature et de la loi : « [...] le beau langage : même dans son aspect le plus moderne, il est exclu de mon texte ; je peux l’utiliser encore dans les interviews et les textes « théoriques », parce qu’il faut exploiter toutes les facilités ». Cette exclusion radicale du beau langage de l’œuvre fictionnelle nécessite en retour son maintien dans une œuvre qui s’écrira en réaction. Mais qu’est-ce que cette inquiétude de la loi à l’égard de la nouveauté et qu’est-ce qui fait la nécessité de la nouveauté de l’œuvre ? La réaction critique de la loi prend la forme d’un réflexe défensif contre un danger que représenterait la nouveauté. D’un double mouvement les avant-gardes sont systématiquement rejetée par la critique et rejettent elles-mêmes théoriquement - c’est-à-dire avant que ne se manifeste cette exclusion - l’usage. L’écrivain pose la nécessité de la nouveauté pour plusieurs raisons, dont la plus élémentaire est l’automatisme de la langue qu’il subit lui-même, par une sorte de confiscation de la loi : « le discours est dans l’ordre des lois » . S’il veut interroger la langue et non la servir il doit la transformer, se la réapproprier : Je commence le texte sans désignation générale (hommes, femme, etc.) et le mot bébé vient, malgré tout, sous ma plume, comme le mot « main » etc. / Ou bien, écrire comme dans Eden et, après seulement, « trafiquer », « supprimer », simplifier, approfondir, préciser. Et le risque de cet automatisme de la langue qui se parle en l’écrivain malgré lui est le motif d’une lutte permanente contre une certaine inertie de la langue - et pour sa nouveauté : « Relu un peu de Bivouac, bon sang que c’est bon, et pas loin de l’état final ; et il faut garder les voyelles diphtonguées, ne pas céder ». Et cette nécessité élémentaire de faire du nouveau, Pierre Guyotat l’érige bientôt en logique qui commandera toute l’œuvre fictionnelle : « Montrer Bond en avant [...] : il faut décider pour les voyelles, voir pourquoi défaire un ordre sonore cohérent et pratiqué ; simplement en rétablir quelques unes ; c’est une logique de nouveauté, une logique enfin, dans l’écrit français ». L’usage est neutralisateur et impose à l’œuvre une logique de nouveauté qui sera pour la langue - et donc pour l’expression critique de la loi - un danger. Une autre raison de la nécessité de « faire du neuf », plus essentielle parce qu’elle touche aux interdits fondamentaux que la loi fait peser sur la langue, tient dans les manquements, les évitements, les blancs qui la constituent et dans l’impossibilité de la langue de dire certaines choses : « on voit bien ce qui manque dans le vocabulaire de cette langue, bon sang ! Comment n’aurais-je pas envie besoin, d’en inventer ». Cette nécessité ne tient pas d’ailleurs seulement dans le vocabulaire qu’il faudrait inventer, mais aussi dans les structures et les dispositions mêmes de la langue. L’écrivain rêve alors d’une langue qui ne dirait plus les choses interdites, mais produirait matériellement le refoulé de la loi, que l’usage et la peur de la nouveauté masque mais perpétue - danger que perçoit la critique et la loi : Ce que les ennemis de l’art nouveau, avec un instinct plus juste que ses apologistes anxieux, appellent sa négativité, est la substance même de ce que la culture établie a refoulé et qui exerce une puissante attraction. Dans le plaisir qu’il éprouve devant la réalité refoulé, l’art s’ouvre en même temps au désastre, au principe refoulant. La nécessité de la nouveauté a pour implication et pour condition la nature expérimentale de l’œuvre. Ce que la relation critique de la loi intègre de manière euphémique sous le nom « expérience », c’est-à-dire comme un accident, comme la conséquence actualisée dans une œuvre d’un « essai », d’une « tentative » dont elle suppose et espère secrètement l’échec - alors que l’expérimentation est la nature même de l’œuvre, le mouvement perpétuel qui la fait échapper à la permanence de l’usage et à l’inertie de la langue : La violence qu’exerce le Nouveau, à laquelle on réserve l’expression de « procédé expérimental », n’est pas imputable à la pensée subjective ni à la nature psychologique de l’artiste. Lorsque ses impulsions ne sont pas déterminées, a priori et de façon inévitable, ni par les formes ni par le contenu, l’artiste qui produit est objectivement contraint à l’expérimentation [...]. C’est cette négativité de l’œuvre, qui s’inscrit contre la permanence de l’usage et qui est le motif de l’inquiétude de la loi, que la critique a pour rôle de conjurer. Négativité qui serait comme le signe de l’impossibilité d’une œuvre qui ne s’écrirait plus comme symptôme de la crainte de mourir - son pendant positif, mais réactionnel : D’une façon générale, les œuvres d’art étaient conçues pour durer [...]. L’art est l’apparence de ce dont la mort n’approche pas. Le fait qu’aucun art ne dure est une formule aussi abstraite que celle qui exprime le caractère éphémère du monde terrestre. Elle n’aurait de contenu que métaphysiquement, en rapport avec l’idée de résurrection. Il n’y a pas que la rancune réactionnaire pour provoquer la peur que le désir du Nouveau n’évince la durée. L’ambition de créer des chefs-d’œuvre durables est réduite à néant. Eriger donc le principe de la nouveauté contre l’usage c’est pour l’écrivain refuser reproduire une langue qui serait le symptôme d’un refoulé. La destruction, dont on a vu qu’elle était un élément structurel de l’avant-garde littéraire, trouve son équivalent symbolique dans le refus de la littérature de se faire complice de cette dissimulation. La nouveauté est la condition d’une interrogation par la littérature des fondements du langage, c’est-à-dire du lieu où l’interdit joue et lui donne naissance - interrogation que l’usage empêche en reproduisant l’interdiction.
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Responsable éditorial des Éditions Le Mort-Qui-Trompe.
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