La Littérature et la loi (III)
Jour 3 - "Miettes 1"


par Valérian Lallement,    

 

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Hier, mardi, longue pause alcoolisée. On échappe jamais complètement à cela. Ce n’est pas de l’ordre de la résolution. C’est mon instant carnavalesque. Un moment de chute où je me retrouve enfin avec le monde - à niveau. Le degré zéro de ma pensée, autant dire décloisonnement, flux et reflux simultanées, atermoiement des petites et profondes tracasseries - qui grimacent. Endormissement des derniers signes de la libido, ce qui n’est pas un mal. Au lieu de la transformer, je l’abat.

A présent, mes miettes !

Si l’on veut commencer à lire Guyotat, me semble-t-il, il faut commencer à interroger les rapports que son œuvre entretient avec la loi. Avec toutes les formes de la loi. Forme immédiatement saisissable, et ostensible, qu’est l’interdiction - c’est-à-dire l’intervention, à la fois légitime et illégitime, de la loi dans le champ empirique du livre et dans le champ symbolique d’une œuvre de l’esprit. Forme morale et littéraire, et vague, à laquelle se lie malgré elle la critique. Forme symbolique, enfin, qui lie secrètement tous les avatars de la loi, et qui témoigne le mieux de la nécessité dans laquelle se trouve l’écrivain qui transforme la langue - c’est-à-dire qui écrit. C’est finalement, la loi qui empêche, qui obstrue, qui inter-dit la lecture - et, en même temps, c’est la loi qui l’autorise. La difficulté apparente à aborder l’œuvre de Pierre Guyotat est, historiquement, la conséquence d’une intervention de la loi (le ministère de l’Intérieur interdit Eden, Eden, Eden), et de la radicalisation du travail d’écriture qui s’en est suivi. Radicalisation à laquelle Pierre Guyotat donne très tôt le change avec la publication, parallèlement à l’œuvre fictionnelle, de recueils d’entretiens, d’articles et de notes. Littérature Interdite (1972), Vivre (1984), Explications (2000). La lecture de la loi est frontale. Une partie de l’œuvre s’écrira donc frontalement, dans le langage de la loi. Dans une langue que l’on dira donc « accessible », lisible et qui véhicule un « message ». Ce qui doit préoccuper, aidé de ces réponses frontales, sera la question transversale que pose l’œuvre à la loi - dont l’interdiction est la réponse frontale.

(Fin de la première miette)

 



Valérian Lallement

Responsable éditorial des Éditions Le Mort-Qui-Trompe.

 




 

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