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Après Le Chien a des choses à dire (éd. Hermaphrodite, 2004) et Un éléphant fou furieux (La Dragonne, 2005), Jean-Marc Agrati publie son troisième recueil de nouvelles : Ils m’ont mis une nouvelle bouche est disponible aux éditions Hermaphrodite.
À l’image du golem facétieux qui vient troubler une fin de fête un peu triste dans la nouvelle inaugurale du recueil, les monstres qui peuplent l’univers de Jean-Marc Agrati se plaisent à déjouer la partition du réel avec une évidente jubilation. Créatures hybrides, fantômes ou super-héros déclassés constituent le délire assumé de l’homme outrageant un monde qu’il s’agit moins de comprendre que d’habiter. Petits trésors de poésie, de burlesque et de fantastique, empruntant aussi bien au Mythe qu’à l’imagerie populaire, les 19 nouvelles qui composent le recueil « Ils m’ont mis une nouvelle bouche » se saisissent de toute l’ambivalence du monde contemporain, marqué par ce mariage monstrueux de « la raison et du cauchemar » évoqué par Ballard dans Crash !, curieux mélange de froideur technicienne, d’érotisme et de violence. Ainsi la nouvelle « Quatre saisons pour mamie » qui, dans le décor impeccable et réglementaire de l’hôpital, met en scène une euthanasie machiavélique on ne peut plus réussie. Aux côtés des créatures fantastiques, les personnages qui traversent les nouvelles sont infiniment exposés et vulnérables, tel le voyageur sédentaire Gottlieb - soumis à une sorte de viol médico-technologique - ou encore le touriste martyrisé devant la statue de Joséphine de Beauharnais. Tantôt froide, tantôt explosive, la violence se fait l’agent d’une métamorphose dont les effets excèdent la description crue des empreintes laissées sur le corps, pour courir la gamme des couleurs et des rêves. Quand l’homme a déserté sa réalité propre, de corps et d’images mêlée, le fantôme se planque dans la salle de bains... et les balles sifflent. Vous ceint la nostalgie du bon vieux temps, et l’insoupçonnable poupée d’antiquaire libère une vermine coriace qui vous soulève l’estomac. Vaincre avec les armes du parfait gentilhomme civilisé ? Le hachoir géant règle son compte au sentencieux capitaine Kirk qui finira en appétissante lasagne géante... la pacification de la Planète attendra. Empruntant à la poésie ses « frasques » et son dé-lire, les nouvelles de Jean-Marc Agrati composent une furieuse chanson de gestes contemporaine qui rythme autant qu’elle profane l’ordinaire. Et dans ce transport, notre œil de lecteur enthousiaste est appelé lui aussi à réinventer « tous les décors du monde ».
A.F.
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