J’accuse

par Jean-Christophe Grellety,    

 

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Depuis trois ans maintenant, les civils irakiens servent de cible à des chasseurs ou à des candidats au suicide. Dans les pays riches et médiatisés, les JT, les radios, les journaux colportent leurs brèves presque quotidiennes sur « un attentat suicide à Bagdad » qui a fait 50 morts et 35 blessés, 150 morts et 75 blessés,... L’information qui nous est ainsi transmise est contradictoire : d’une violence sans nom par le chiffre de victimes, par l’indication, implicite, de la méthode utilisée, faucher, brûler, décapiter, découper, les corps, elle est chloroformée par l’absence d’images précises de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants, devenus cadavres. Les kamikazes ou les insurgés roulent, font exploser, tuent, décapitent - silence, il n’y a rien à voir et à savoir de plus. Le citoyen effaré est sommé de comprendre que ces actes s’inscrivent, peut-être, sans doute, dans une résistance irakienne dont les méthodes sortent de l’ordinaire des résistances, mais qui, en tant que méthodes de résistance, auraient leur légitimité. Pour autant, faut-il être idiots, parce que les médias nous y incitent, invitent, parce que cela arrange les criminels ?

La résistance irakienne face à l’envahisseur américain existe. Cette résistance s’attaque aux soldats américains. La France, qui a connu une occupation douloureuse, tragique, a connu des mouvements de résistance, mais ils ne tuaient pas les civils français. En Irak, les attentats, les crimes commis contre les civils, ne relèvent pas d’une telle résistance. Ces actes sont le fait d’individus qui soit, souffrent du syndrome de Macbeth (je veux entraîner le monde dans ma fin), soit sont comparables aux serial killers, et sont en quelque sorte des cannibales par procuration. Ces criminels de droit commun portent un masque : ils prétendent se battre et tuer « au nom d’Allah », de la « vraie religion », ... Depuis plusieurs années, ils en imposent, par la profondeur de leur haine, de leurs violences. Des citoyens, là-bas comme ici, vivent, pensent et agissent en victimes expiatoires consentantes, « fatalistes ». S’il reste des citoyens et des citoyennes pour se dresser, se redresser, parler et dénoncer ces criminels, il est plus que temps qu’ils le fassent, qu’ils parlent. Les aquoibonistes peuvent repartir, oublier. Et puis il y a les autres : celles et ceux qui savent que la parole a, fondamentalement, sa force, sa nécessité ; celles et ceux qui savent qu’une petite action ajoutée à une autre finit par devenir... Car ce qui est possible pour tant de situations dramatiques, dans des actions et des engagements caritatifs, humanitaires, pourquoi faudrait-il que les citoyens d’Irak dussent vivre et parfois mourir, dans ce silence mondial ? Où que nous soyons, où que nous nous trouvions, il faut dénoncer ces criminels, en exhibant les images de leurs victimes ; en n’oubliant pas que les images ne sont que des images, des signes, et que les corps meurtris, les hommes, les femmes, les enfants, sont bien réels ; mais aussi en s’adressant à ceux qu’ils prétendent respecter, les maîtres de la foi musulmane. Ceux-ci ont osé manifester dans les rues du monde parce que des caricatures du Prophète leur paraissaient outrageantes. Par contre, depuis trois ans, l’instrumentalisation de l’Islam par des criminels génocidaires ne semble pas leur paraître blasphématoire. Dieu serait offusqué par des dessins, mais par contre, Il prendrait plaisir ou approuverait des crimes sur des civils, innocents ou non ! Depuis trois ans, le monde marche visiblement sur la tête, mais en fait cela ne date pas d’hier ! Si G.W.Bush porte une responsabilité personnelle et définitive dans ce qu’est devenu l’Irak après la chute de Saddam Hussein (parce que la construction d’une démocratie, donc d’un régime qui assure la sécurité des civils, exigeait des moyens infiniment plus importants, des moyens et des méthodes), il ne faut ni mettre tout le monde dans le même sac, ni même caricaturer la réalité.

Aucun des attentats suicide ou des attentats contre les civils, aucun enlèvement et aucune exécutation n’étaient justifiés, et ce sont ceux qui les ont préparé et ceux qui les ont accompli qui en portent la responsabilité directe. Aussi,

* J’accuse Oussama Ben Laden d’avoir ressuscité la secte des Assassins, d’avoir donné des ordres et d’avoir justifié des crimes contre des civils, pour le 11 septembre 2001, en Irak, en Espagne, .... J’accuse Oussama Ben Laden d’avoir mis en place l’une des plus criminelles entreprises de manipulation mentale que l’Histoire ait connue.

* J’accuse les lieutenants d’Oussama Ben Laden d’être des cannibales, assoiffés de sang ;

* J’accuse les responsables musulmans du monde entier d’un silence, coupable et complice, par la confusion qu’ils font entre une légitime résistance irakienne et une volonté de destruction de toute vie ;

* J’accuse les leaders irakiens d’être incompétents, tout comme les responsables américains, civils et militaires ;

* J’accuse les prétendus musulmans, chiites, sunnites, en fait, sectaires, d’avoir rempli le monde de « mécréants », y compris et principalement avec les autres musulmans qui n’appartiennent pas à leur confession, et j’accuse ces prétendus musulmans de blasphèmes, selon leurs propres critères, ainsi que de prétendre connaître Dieu et ses volontés, blasphème innommable selon leurs propres critères !

* J’accuse les médias de ménager la chèvre et le chou : de parler de cette situation, sans le faire vraiment, et par ce voile coupable sur des crimes épouvantables, d’empêcher tout électrochoc de l’opinion mondiale.

J’appelle donc les citoyens du monde entier, j’appelle les responsables et les acteurs irakiens qui ont encore leur raison, qui ont une influence sur les déterminations politiques, "religieuses", à parler, à dénoncer ces crimes de masse, à exercer toute pression utile sur les auteurs de ces crimes, et notamment la pression "morale", afin de miner leur certitude d’être des "hommes de Dieu". Les citoyens d’Irak ont le droit de vivre en paix, et les résistants irakiens le droit de résister, sans que les premiers soient des victimes de seconds qui, dès lors, ne sont plus des résistants, mais seulement des assassins.

 


Jean-Christophe Grellety

Le Blog de Jean-Christophe Grellety

 




 

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