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L’Atelier
Triste époque
Le lundi 10 juillet 2006
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Cherche, cherche par Andy Verol,
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Avec une telle violence, celui-là s’est étalé sur les pages... A quoi bon ? « La vie là est malade. Stagnante. » Écriture de complaintes merdiques. Sans courage, il a cherché publication. Néanmoins, il a relevé le désintérêt collectif. Recherche plaintive stupéfiante. « NEANT, du néant dans leur bouches abjectes et abominables. » Dans l’avion, nous penserons à tous ces mauvais moments passés avec les uns et les autres. L’in-considération professionnelle, les échecs successifs en matière d’amitié vraie, et, pour beaucoup, le néant sentimental. La fin de l’époque où on y a cru, où on pensait que les choses étaient vraiment, véritablement éternelles. L’avion atterrira et, tout au plus, penserons-nous que vous avons accéléré la destruction de l’environnement. Peut-être n’y penserons-nous pas du tout. Peut-être aurons-nous besoin d’être en incapacité de réfléchir. Une pointe de stress. Nous en avions assez après tout. Assez d’être dans le confort, d’angoisser systématiquement pour le lendemain. Nos vies n’étaient que désordre. Le sens n’y était pas. Les sentiments même étaient aplanis par une forte incapacité à ressentir. L’accumulation du stress, combiné aux mauvais choix ont alimenté un stress non-salvateur, à la limite du grotesque, quia pourri tout. Nous étions incapables de ressentir fort les choses. Nous étions matériellement comblés, sur-comblés, grotesquement comblés. Nous avions tout. Puis nous courrions après une "place" dans la société. Notre place passait, semblait-il, par une forme de réussite professionnelle et sociale. Nous devions faire nos preuves, comme falsifier la vrai. Construire nos preuves envers et pour les autres. Pour donner un sens. Nous ne consommions pas à outrance, car nous avions conscience des désastres engendrés par cette action, cette fonction de l’homme moderne. Nous défendions les idées progressistes selon lesquelles il ne fallait pas jeter de papier dans la rue, faire du vélo ou du roller le week-end et rouler en JPL. Nous achetions bio et équitable. Nous ne négligions jamais de demander d’où venaient les produits. "Si ça vient d’Asie, c’est de l’exploitation." . Nous lisions de la presse de gauche, nous écrivions des articles sur nos blogs ego-artistico-informatifs en prétendant attendre avec impatience la Révolution. Pourtant, nos individualités étaient dans l’incapacité de vivre cette esprit communautaire et unitaire obligatoire à la constitution d’un mouvement de grande ampleur. Nous avions surtout peur des islamistes et des nazis, certes pour leurs idées, mais surtout pour leur capacité à réunir des gens désespérés, en colère et écoeurés par nous. Nous. Afin de pallier les angoisses et nostre incapacité à ressentir au plus profond nos combats, nos instants de vie, nos amours et nos haines, nous étions contraints de faire deux choses. D’une part, la consommation (encore et encore) de substances qui révolutionnaient notre système de fonctionnement cérébral. La drogue assortie de ses addictions physiques et psychiques prometteuses. D’autre part, la communication, la quête de respectabilité, de notoriété via le net, forme la plus interractive et la plus gratuite pour l’expression totale de ses messages personnels. Nous essayions bien sûr de ne pas penser à ce texte, La Révolution en Pantoufles, écrit par un certain Arturo B, dans le courrier des lecteurs des Inrocks. Il y disait presque tout en fait. Nous avions voyagé pour rencontré "l’autre", nous avions fait des études pour avoir un "niveau d’étude" pour se "donner les meilleures chances pour faire un boulot qui plait, et qui plait avant d’être bien payé, bien que ce soit super important." Lorsque nous avons passé le cap de la vie estudiantine et ses fringues qui brillent en soirée, l’excentricité banalisée, à l’échelle du monde occidental, les besoins de sexe, de plaire, de façon intempestive, etc. Nous sommes entrés dans notre monde pathétique, la zone d’effondrement de nos rêves et de nos discours superficiels en post-enfance : "Putain moi j’travaillerai jamais derrière un bureau. De toute façon j’ai un rêve et je ferai tout pour l’atteindre." Atteindre. Voila. Nous y étions. Et à l’instant où nous allions atteindre notre "rêve", plan social. Y compris pour les cadres performants que nous croyions être. Bien sûr, nous allions retrouver du travail (Etudes+Expérience=Idéal professionnel) ou une activité additionnant nos voeux sincères d’émancipation personnelle, d’optimisation de capacité et de nos besoins matériels et individuels. Seulement le coeur n’y était plus. Nous étions des addicts de toute forme de compensation à notre NEANT : drogues, alcool, la baise, le tabac, les cachets, etc. Alors nous sommes allés dans ce bureau d’inscription. Puis nous sommes allés dans ce camps. Nous en avons bavé. Mais bavé, pour retrouver des sensations de vie : la douleur physique et psychique, la soumission, la rébellion, la privation et l’exaltation. Puis nous sommes montés dans l’avion kaki. Et nous, maintenant, les légionnaires, débarquons enfin en Guyane, pour un entraînement extrême digne de ce nom. Nous serons sans doute envoyés, un jour, sur un terrain hostile. Nous réglerons sans doute des comptes à des types nazis et islamistes, pour protéger des gens en quête d’une "place" dans la société civile. Texte et photo : Andy Verol.
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