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Triste époque
Le jeudi 22 juin 2006
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D’un paradis l’autre... par Philippe Nadouce,
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Vieille rengaine que cet opium-là ; à peine utilisable aujourd’hui puisque les idéologies sont mortes... Une belle épine enlevée du pied des sociétés post-industrielles. Une trouvaille de Marx qu’on pouvait difficilement remettre en question ; cela gênait quand même pas mal de monde. Les paradis artificielsC’est vrai que les détracteurs de Marx et du socialisme n’en font même plus mention aujourd’hui et quand c’est le cas, ils perpétuent les mensonges de toujours. Celui de l’Eglise catholique, par exemple. Elle n’existe plus guère que dans le Tiers-monde ; en Europe, c’est un vieux souvenir ; et bien plus encore depuis les 40 millions d’exemplaires vendus par Dan Brown. Tiens ! C’est vrai, en Europe, on tire aisément un trait sur l’autre monde, s’entend : le monde anglo-saxon qui, comme nous le savons, est beaucoup plus vaste que les Etats-Unis. C’est d’ailleurs ce qui frappe l’Européen qui vient habiter quelques temps au Royaume-Uni. Toutes les bondieuseries catholiques et chrétiennes n’y ont plus du tout cours ; on ne parle des prêtres que dans les tabloïds, à la rubrique « pédophile », ou au jité quand les homos church of England veulent eux aussi avoir leur part du gateau et on s’étonne très franchement d’apprendre que dans le sud de l’Europe (qui commence une fois passée la Manche), les évêques ont leur mot à dire dans les médias. « Ils sont fous ces continentaux ! » . Darth Vador Ce qui était intéressant dans cette idée de la « superstructure marxiste », c’était la fonction symbolique qu’y tenait la religion. Marx la voyait comme une source d’aveuglement et d’abrutissement qui permettait aux classes possédantes (« les décideurs » pour les nouveaux venus) de se reproduire en paix. L’idée fut étayée quelques décennies plus tard par les pionniers de la psychanalyse et de l’anthropologie qui, étrangers à tout polémisme politique, dévoilèrent que cette nécessité de religion n’était importante en soi que parce qu’elle faisait appel au mythe, chatouillait l’archétype, permettait à la psyché et à la libido d’assouvir leur nécessité d’activité symbolique... : en somme une activité vitale aussi respectable et nécessaire que le boire et le manger... Paradis pour tous !Dans le hit-parade des nouveaux Dieux, le premier de tous semble décidément imbattable. Un vieux de la vieille ! Déjà là en 1517 au moment de la Réforme et des premiers vrais débuts du capitalisme - et pour cause ! Il prend les traits d’une pratique nommée Taxa Camarae, instaurée par Léon X (1513-1521). On comprend que l’ère moderne n’est vue aucun pape s’appeler Léon. Voyez plutôt ! L’article 3, par exemple : « Le Prêtre qui dépucellera une jeune fille devra payer 2,8 livres. » . L’article 14 : « Pour l’assassinat d’un frère, d’une soeur, d’une mère ou d’un père, on devra payer 17,5 livres » . L’article 12 : « Celui qui noiera un de ses enfants devra payer 17,15 livres » (c’est à dire deux livres de plus que pour l’assassinat d’un inconnu). Lady Di, en chasseresse...Continuons notre excursion dans les méandres de l’activité symbolique de nos neurones post-modernes et arrêtons-nous encore une fois devant les grilles inondées de fleurs de Buckingham Palace. La tendance partout en Occident est d’avoir assimilé cette nouvelle version de l’adoration du veau d’or à un phénomène majoritairement féminin alors qu’il s’agissait d’un phénomène de masse. L’autre erreur d’analyse a souvent été d’y voir une irruption inexplicable et inexpliquée qui en soit confortait les théories mythificatrices, entretenant ainsi le phénomène et son mystère quasi divin et planétaire. « Panem et Circum »Reprenons notre périple dans le temps ; enfonçons-nous un peu plus dans l’Antiquité, à l’époque romaine et retrouvons l’opium suprême, celui que glorifiait le siècle même de Péricles. Sénèque, Suétone et d’autres furent les premier à regretter cette fascination pour les arènes et les stades qui n’ont jamais désempli depuis. En juin et juillet 2006, ils seront même littéralement plein à craquer. Le 9 juillet 2006, le match final de la Coupe du Monde de football se jouera à l’Olympiastadion de Berlin. Ces 90 minutes d’apothéose seront regardées par plus de deux milliards d’êtres humains -un tiers de l’humanité. « Et rien d’autre ne comptera pour elles » . Le Pape qui est loin d’être demeuré a préféré se déplacer en Pologne juste avant le coup de sifflet du plus fameux fait social total [4]. Les commentaires sont superflus... Peut-être même ne ratera-t-il aucun match de l’équipe italienne... Un dernier paradoxe...Voilà un article maladroit qui prouve exactement le contraire de ce qu’il annonçait... Le serpent et la pommeEt si le plus ancien des dieux n’avait jamais cessé d’exister ? S’il était aussi présent autour de nous qu’il y a dix mille ans pour nos ancêtres ? Il est aujourd’hui le Maître de notre panthéon polythéiste et ne donne aucun signe de faiblesse : bien au contraire. Il menace même de nous détruire et nous sommes impuissants devant lui... Pour nous en convaincre, allons nous promener dans les vertes prairies de l’Eden occidental et arrêtons-nous devant l’arbre de la science. Que s’y passe-t-il ? Un homme et une femme y conversent avec un serpent : « Satan, l’éternel révolté, le premier libre penseur et l’émancipateur des mondes. Il fait honte à l’homme de son ignorance et de son obéissance bestiale ; il l’émancipe et imprime sur son front le sceau de la liberté et de l’humanité, en le poussant à désobéir et à manger le fruit de la science » [6]. Philippe Nadouce. [1] Cf. J.-J. Rousseau, Le Contrat social. [2] Cf. J. Dacio (1963), op. cit., p.155 (Source : Les mensonges fondamentaux de l’église catholique, de Pepe Rodriguez. Ediciones B. Espagne). [3] Cf. L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme. [4] Cf. les écrits de Norbert Elias. [5] Cf. Football et mondialisation, Armand Collin, Paris, 2006. [6] Cf. Bakounine, Dieu et l’état, Ed. Mille et une nuits. N°121. [7] Lire Le Canard enchaîné du mercredi 7 juin 2006, l’article « Je creuse dans l’obscurité » de Jean-Luc Porquet sur les mémoires récemment publiées du grand chercheur Erwin Chargaff : Le feu d’Héraclite (scènes d’une vie devant la nature) , éd. Viviane Hamy. [8] Cf. note supra.
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Ecrivain, poète, dramaturge... Philippe Nadouce est né en 1965 dans l’île de Ré. Il a quitté la France il y a vingt ans. N’y reviendra probablement pas. Traîne depuis en Europe. Vit actuellement à Londres. Premier roman publié en 2002 : "Les cahiers madrilènes" (Ed. NP. Coll. Le Manuscrit.)
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