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Le lundi 29 mai 2006
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La prison sans murs par Régis Belloeil,
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Pas nécessaire d’être un criminel pour être emprisonné. Je sais de quoi je parle. On m’a enfermé, pourtant je n’ai rien fait de répréhensible. Ca fait bien rire mes geôliers, ils disent qu’on se croit tous innocents. Cependant, je dois être un homme mauvais, puisque l’on m’a interné. J’ignore pourquoi. On me laisse pourrir dans cette cellule. Cela fait longtemps ? Je ne sais plus. L’impression de. N’avoir jamais vécu. En dehors de cette petite pièce... Une chance, malgré tout : je suis seul. Personne pour m’emmerder. Personne à qui parler. Alors, j’écris. Pour signifier mon isolement au monde entier. Bien entendu, cela n’intéresse personne, mais peu importe, je dois le faire pour me convaincre que j’existe encore, que je ne suis pas vraiment mort. Comme avant. J’aimerais qu’on me dise de quel crime. Je me suis rendu coupable. J’aimerais me rappeler, je pense que cela me soulagerait. Je sais que ce n’est pas de ma faute. Je suis innocent parce qu’avant cette cellule, j’étais déjà enfermé. Dans une prison dont j’étais le seul. A voir les murs. Le hasard a certes souvent guidé dangereusement ma vie vers des impasses... des puits sans fonds... où la lumière ne pénètre pas. Qu’on le nomme chance ou malchance, Dieu ou destin, il est préférable de laisser le hasard en dehors de son existence... parce qu’il est la cause principale de la vie, du rêve éveillé. Et de la mort. Lorsqu’on me libérera, je devrai changer de vie pour ne pas retourner dans cette putain de cellule. J’ignore si j’en serai capable. Néanmoins, je vais tenter de devenir autre... meilleur... cela va sans dire... quoique... La société des hommes s’est fourvoyée en s’éloignant délibérément de la nature. L’ignorance des lois qui la gouvernent constitue une hérésie. Dont l’humanité ne tardera pas à payer le prix exorbitant. Je dois aujourd’hui m’avouer que j’ai échoué. Jamais je ne deviendrai. Un autre homme. Le monde actuel, lui-même, n’est pas différent du monde d’hier, ni de celui de demain. Rien ne change jamais. Le progrès demeure une idée abstraite, un leurre que les détenteurs du pouvoir utilisent. Pour asservir toujours plus la population. Seule règne la puanteur du mensonge. Quand bien même la vérité serait synonyme de liberté, personne ne souhaiterait la connaître, la peur étant le dieu des lâches et des esclaves. La Terre est peuplée d’esclaves. Même en prison, je suis plus libre que n’importe lequel de ces trouillards qui parasitent la planète. Je hais les assistés. Putain... Je parle... je déblatère... mais je ne suis qu’un rat qui, grotesque et dérisoire, gémit depuis le fond de son trou ; un rat qui s’exprime parce qu’il ne peut rien faire d’autre. Un rat qui crève d’impuissance et de faiblesse, inapte à l’action... La solution réside sans doute dans l’indifférence ou le mutisme. Pas d’autre moyen de trouver le calme. Attendre. Peu importe quoi, puisque tout est égal et que rien n’a d’importance. Les êtres humains et le monde qui les entoure n’ont aucune signification réelle. Pourquoi je ne me tue pas ? C’est pourtant simple à comprendre. La mort ne vaut pas mieux que la vie et ... je porte en moi le mal ! Chaque homme le porte. Nous sommes le cancer qui ronge cette planète. La victoire de la connaissance sur l’intuition a été le coup fatal porté à l’espoir de bonheur universel. J’en suis intimement persuadé. Du moins aurais-je essayé. Je ne pouvais qu’échouer. Plus les choses semblent changer et plus elles restent les mêmes. C’est terrible, mais c’est comme ça. L’homme a perpétuellement été un esclave : esclave de lui-même, en premier lieu puis, esclave de la société, quelle qu’elle soit. J’ai fait de mon mieux. Peut-être aurais-je pu faire plus, mais cela n’a plus aucune importance puisqu’il est désormais trop tard. Non. Excusez mon erreur : il est trop tard depuis toujours. La réussite est une chimère. Je ne suis pas dans une cellule mais dans ma maison. Cette prison est... en moi... et... je ne peux... m’en évader. Le monde continuera à se faire et se défaire à mon insu. Je ne sais qu’une chose : il ne changera pas. D’ailleurs, il n’existe pas ! Il pourrait disparaître que je n’en saurai rien. Parce... que... je... suis... le... centre... de... mon... univers... Seul subsiste le présent, l’indestructible et incorruptible présent. L’unique détenteur de la vérité. Je suis distrait. J’ai omis de vous faire part d’un détail me concernant : je suis un homme malade. Les médecins pensent que je n’en ai plus pour très longtemps à vivre. Je vais crever dans ma cage. Comme un rat ! C’est amusant, il y a peu, encore, je faisais des projets au sujet de mon avenir. C’est étrange... j’aime tout le monde mais personne ne m’apprécie... Régis Belloeil collabore régulièrement à la revue Traction Brabant.
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