La Revanche de Magnum

par Tuco,    

 

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Magnum avait fait plusieurs boulots débiles et, à côté de ses boulots débiles, il bossait le soir dans des bouquins de concours pour accéder à l’administration fédérale.
Il souhaitait un job peinard dans un bureau, un job administratif, un job style magasinier des bibliothèques : une vraie planque où tu glandes vraiment rien - sauf picoler ton expresso au bout de l’étagère Z. Qui peut venir te chercher là-bas ? Des mecs qui lisent Stephen Zweig... Qui peut réussir à lire Stephen Zweig ?
Parmi tous ces concours, il avait passé celui d’instituteur, et manque de bol il avait eu ce putain de concours. Ça le faisait chier ; il le disait à ces potes : « Fais chier, les potes. J’vais dev’nir instit... ». Et ses potes lui promettaient : « Pas de bol, Magnum. Tu vas devoir torcher des Q et tu finiras en taule pour attouchement ». Mais Magnum ne montrait des tendances franchement pédophiles qu’avec des filles de plus de 18 ans.
Autant vous dire que Magnum n’avait pas trop la pêche au moment de balancer dans sa Comet deux, trois trucs (table de salon de jardin pour faire son meuble ; slips et pantalons pour cacher sa bite et ses jambes) et de prendre la route vers son lieu d’affectation. Au fait, où ce brave Magnum était nommé ? A Los Angeles. La dernière ville avant la folie et l’océan Pacifique ? Celle-là même !

Tous les jours, Magnum entamait les conneries dès 9 heures par de « l’apprentissage alphabétique ». Titre ronflant pour un truc tout con : avec une grande canne en bambou, il tapait sur des lettres, des syllabes, puis des mots, et les gosses lisaient : « i », « a », « o », « m », « d », « k » ; Puis « mi », « do », « ka » ; à la fin, ça donnait « mikado », etc.
Après la récroch, il écrivait des chiffres au tableau (1, 2, 3, 4) et il faisait aux gosses : « Vous avez 10 minutes pour me recopier tout ça entre les lignes. Grouillez-vous ! ». Nick Adams, le timbré de la classe, lui faisait : « Ça fait combien 10 minutes, Monsieur Magnum ? » Et Magnum était assez con pour lui expliquer pendant plus d’une demi-heure combien font 10 minutes.
Encore plus débile : Un des gosses (Orson Pitt) l’appelait papa. Magnum avait pigé la raison en voyant s’amener le vrai géniteur d’Orson : un maigrichon avec des foulards fuchias et des pantalons moule-burnes. Quand il parlait, sa glande d’Adam bougeait comme un gland de bite au fond du cul d’un copain. Ca intringuait Magnum de penser que le père du gosse avait réussi à bander pour de vrai dans la cavité d’une bonne femme

A la cantoch, fallait surveiller ces gosses. Ils jouaient au mikado avec leurs frites. D’autres construisaient des tunnels dans leur purée. La p’tite Lisa Parker accrochait des morceaux d’ananas dans ses oreilles et elle lançait des clins d’œil à ce pauvre Magnum... Heureusement que Magnum plaidait l’acharnement judiciaire sur les pédophiles (L’électrochoc classique, la baignoire allemande, ou plus extrême : le coup de la papaille vietcongue).
Y avait des pédopsychiatres assez cons pour disserter sur ces délires d’un air profond : « Jouer avec la nourriture est pour l’enfant une étape capitale de la construction de la personnalité ». Et jouer avec mes couilles à 27 ans, est-ce que c’est aussi une étape pour rester célibo toute ma vie ?
D’après les pédopsychiatres, les gosses étaient des trucs formidables. Des modèles d’innocence. Des machins à choyer pour qu’ils deviennent des gens honnêtes plus tard.
Magnum thématisait différemment sa vision générique des gosses. Pour Magnum, y avait guère plus dégueux et plus salopard qu’un jeune de 3, 4 ans.
La définition magnumienne des gosses ? Des p’tits bouts de merde qui faisaient vivre quaique part au fond d’eux un concentré de cruauté hitlero-stalinienne
La preuve : Ils se cassaient la gueule entre eux. Y s’attaquaient en bande aux plus faibles pour leur péter leurs jouets et les balancer au-dessus du mur. Y en avait même qui se faufilaient sur la pointe des pieds jusqu’aux chiottes des filles pour leur pisser dans les ch’veux. Magnum devait toujours laisser son café pour rattraper 2, 3 p’tits salopards assis à califourchon sur le mur de séparation des WC avec le zizi à l’air.
Et dire que c’était ça que la civilisation prenait pour modèle d’innocence ! N.B : Magnum était du genre Freud & ses copains pour juger les enfants. A savoir ? Magnum restait sans illusion sur ces discours imbéciles à propos de l’innocence enfantine (un symptôme parmi tant d’autres de la décadence (morale et physique) occidentale). Il se souvenait que tout p’tit, il savait faire le mal et il se savait faire le mal. Belle lucidité pour un p’tit gosse direz-vous.
Vous pigez pourquoi tout grand, Magnum se baladait avec un genre bien précis de photo de classe dans son porteuf.
Sa photo de classe ?
Non. La photo d’une classe autrichienne de la fin du XIXème. Dès qu’une fille lui disait : « Magnum. Fais-moi un gosse. J’aime les gosses ! »
Magnum sortait la photo : « Lequel tu préfères ? »
8 fois sur 10, la fille choisissait le p’tit bababik de 2, 3 piges, aux grands yeux clairs (en haut, à gauche, sur la photo). Ce gosse, c’était Adolf Hitler.

Tiens-toi bien, mais y avait encore plus chiant que les pédopsychiatres : Les mères d’élèves... Nom de Dieu, tout un programme !
Ces mamans arrivaient à 17 heures dans des vastes berlines à grandes banquettes ; tout juste la place pour caser les 5 sièges-moutars, des p’tits canapés rembourrés qui protègent bébé contre les dégats (la réciproque ne fonctionne pas, malgré les couches). A première vue, faire des enfants roulait tranquille chez elles. Leurs portées fréquentes validaient l’hypothèse d’exercices bien menés, répétés souvent, même rabachés. Elles donnaient de l’amour, elles en recevaient, le tout d’une seule coulée
Magnum en avait repéré une pire que les autres : la maman de Kent. Une cinglée, toujours enceinte. Elle portait son dernier dans une brouette à suspension, un peu comme une brouette de sperme, mais avec un gosse dedans, du sperme après 9 mois.
Cette dingue pilotait un gang de jeunes mères hyper-cinglées : 5 femelles avec des projets d’Einstein plein la tête et quand Magnum rendait les cahiers pleins de fautes de leurs gosses tarés, les bonnes femmes prenaient rendez-vous : « Monsieur Magnum ! 2+2, ça peut faire 9 si on réfléchit d’une autre manière... » elles lui disaient
D’une autre manière...
Pour avoir des gosses pareils, elles avaient dû baiser d’une autre manière .
« Salopes » qu’il réfléchissait

C’est la mère de Kent qui avait sollicité Magnum pour installer un hamster et un aquarium au fond de la classe : « Monsieur Magnum, leur permettre d’observer les nombreuses facettes du règne animal optimiserait, j’en suis sûr, le développement de l’enfant ». Blablablabla...
A quoi bon développer leurs synapses et toutes leurs cases ? La téloch les remplira avec des désirs de hamburger, de pavillon, d’auto Ford, de piscine au fond du jardin... Blablabla....
Magnum l’écoutait causer en matant ses nichons. Ils étaient pas mal. Il se serait bien coincé la nouille entre ses trucs histoire de se relaxer comme il faut après une journée au milieu des chieurs. Pour la faire taire, il avait dit oui et il s’était coltiné tout un week-end de bricolage sur l’aquarium.
Résultat des courses : un parallélépipède de flotte remplie de poissons multicolores qui nageaient dans le même bleu que les yeux de Steve Mc Queen. Détail à prendre en compte : A Magnum de veiller sur l’hygiène du bocal. Quand les parasites s’y mettaient, pas mal de poissons crevaient. Et quand pas mal de poissons crevaient, tous les bababiques pleuraient comme les fontaines du centre de L.A. Magnum changeait l’eau tous les soirs. Il prenait une épuisette et il transvasait un à un les poissons de l’aquarium vers une grande cuvette Alerte à Malibu. Une fois, un des poissons avait glissé sous le meuble de l’aquarium : c’était Teddy, le poisson préféré de la p’tite Magguy Layne. Teddy s’appelait Teddy en référence au p’tit frère de Magguy qu’une méningite avait foudroyé y a 2 mois. En voulant rattraper Teddy, Magnum avait écrasé ce pauvre tas d’arêtes.
« CHIOTTE DE PUTAIN DE CHIOTTE ! » qu’il avait gueulé, Magnum
En quatrième vitesse, il avait dû filer aux marchands exotiques et acheter un autre Teddy qui présentait à peu près la même gueule que le premier Teddy. Mais la jeune Magguy s’était rendu compte de la supercherie et elle avait chialé jusqu’au DRING de 16 heures. Pour expliquer le drame à Madame Layne, Magnum se sentait aussi emmerdé qu’un pauvre Magnum enfermé dans les chiottes d’un couple d’amis mais sans PQ pour s’torcher.

Après l’école et tous ces p’tits crétins, c’étaient les putes de Sunset.
Magnum n’avait pas de copine ? Non, pas de fille qui lui déchire les fringues et les transforme en bout de chiottes. Aucun sexe où mettre son sexe.
Il se rabattait donc sur Simone, qui lui faisait des prix de gros. Taille de bite oblige Après Simone, il montait dans sa Comet, il la branchait et hop, direction les collines, avec sa boîte de vitesse qui hurlait dans la nuit. Ca lui plaisait. Il oubliait les p’tits cons, leurs concours de pets, leurs cris de coyotte et ce putain de Mick Nothing qui chiait plus qu’un troupeau d’éléphants dans la nuit africaine. Ne parlons pas des bonnes femmes parents d’élèves !
C’est la nuit qu’il préférait rouler dans les collines, prendre les virages tranquille : la vie, ça devrait être ça, et s’arrêter quand on veut, se reposer avant de reprendre. C’est ce qu’il faisait. Il stoppait la Comet tout en haut de Berverly Hills. De là, il dominait la ville de lumières. Drôle d’impression. Les lumières montaient droit vers lui.
Y avait des lumières immobiles  : lampes de chez soi ou des bureaux, bars de nuit et sodomie dans le noir des chiottes, studios de photos de nus et les filles qui montraient leur chatte sans gêne, ni tabou, ni fausse pudeur.
Y avait des lumières qui bougeaient : les voitures, plein de voitures et des pistons dans leurs profondeurs. Et tout ce pétrole qu’elles brûlaient. Quelle couleur avait l’essence quand elle sautait dans les cylindres ? Il imaginait les étoiles de Van Gogh au-dessus des prés.
A chaque lumière, un, deux, trois connards, souvent bien d’autres. Ces connards regardaient la téloch pieds nus, buvaient leur coca, causaient entre connards autour d’une table apéritif.

Magnum découvrait un truc important : ça semblait tranquille d’être nul. Ouais, tranquille. Pas besoin de chercher une ligne directrice pour son existence. La société la fournissait : une pleine ligne droite vers la crétinerie. Il en voyait aussi d’autres qui baisaient pour faire des gosses
« Pourquoi faire des gosses ? » se demandait Magnum. Oui, pourquoi des enfants ? Parce que des mecs en avaient marre de traîner sous la capote. Un peu d’air frais. C’est ainsi que les bébés arrivaient. Triste histoire vraie. Ça lui rappelait un cours d’initiation sexuelle dans la classe de Miss Garnet. Un matin, la maîtresse s’était ramenée avec une coupe de vagin. Elle avait dit : « Ça, c’est maman ». Mais la maman de Magnum n’avait pas cette gueule... La maîtresse avait sorti une bite. « Ça, c’est papa ». Mais son papa n’avait pas une gueule de nœud.
La maîtresse avait fait glisser la bite dans le vagin, papa dans maman et elle commentait : « Votre papa a fait ça à votre maman et ça vous a fait ». Magnum avait trouvé ça dégueulasse. Dans le dispositif, y avait même un bidule qui couinait à chaque coup de queue. Quel bordel, pile l’inverse que les moteurs de Benz, tellement discrets qu’on doute d’un moteur sous le kapo.

Depuis quelque temps, à force d’encaisser toutes ces merdes (parents d’élèves, élèves, aquarium, etc.), Magnum savait qu’il allait se flinguer : d’une balle dans la tête. Il s’entraînait déjà à s’approcher du néant.
Comment qu’il faisait ?
Il bouffait moins, il se coupait les ongles à ras. Pareil des cheveux. Il avait rasé tous ses poils (d’aisselle, de cuisses, de bite, etc.). En se débarrassant de tous ces trucs, il trimbalait moins de Magnum derrière lui. Du Magnum ? Oui, cette substance remplie de Magnum qu’on met bout à bout pour faire un Magnum. Mais de quand datait sa décision d’en finir ? D’un apéritif chez Cass, dans une p’tite ville du Nevada, à Milford je crois.
Qui était Cass ?
Mère de deux enfants, Cass attendait son troisième chieur. Cass était mariée à Gommy, un marin moustachu, spécialiste de l’électricité sur les sous-marins, et titulaire d’une prestigieux diplôme d’ingénieur de réseaux. Cass et Gommy formaient ce style de couple ultra-raisonnable, attaché plus que tout au bonheur et à la rigueur morale du foyer. Donc de bons américains qui jouissaient déjà, malgré leur jeune âge, d’une excellente situation sociale : une belle maison (grâce à Gommy) + une moustache (encore Gommy), sans compter la barbe de Cass (dans son pantalon) + des livres impossibles sur les étagères : les bouquins spécial parents : 1000 questions, 1000 réponses.
Bref, Cass, c’était dans sa tête le psychos de la bonne femme cinglée. La folle furieuse avec sa p’tite langue qui s’agite pour interdire le dessert.
N.B : Cass s’en servait à d’autres fins jadis, croyait se souvenir Magnum qui l’avait niqué deux, trois fois histoire de décompresser après un tour à la plage.
Maintenant, la langue frétillait pour évoquer la délicate question du « contrôle parental » ; tu sais, ce truc d’internet qui empêche les p’tits de tomber sur les chattes ou des bites avec la tête d’un bâton.
La question qui tue : De Dieu, qu’est-ce que Magnum foutait chez Cass et Gommy, dans c’bastringue à merde ? Et quel rapport avec son suicide ?
Explication : à l’origine, Cass était une vieille copine du Collège. Pendant deux, trois mois, ils avaient suivi un même destin politique : en animant une cellule judéo-anarchiste avec diffusion de tracts troskystes dans les boîtes aux lettres et propagande téléphonique à 4 heures du mat’ chez les Républicains -- la seule activité politique de Magnum à ce jour.
Hélas, les Judes Anarkos (le nom de baptême du groupe) s’étaient disputés sur la question du Vietnam : Magnum ne blairait pas les jaunes ; or Cass avait reçu ses cours de « guitare protestataire » de Ming Ling, une vietnamienne maoïste assez lesbienne. Depuis les Judes Anarkos, Cass avait bien changé. C’est cette nouvelle Cass, inédite Cass, qu’il retrouvait après 8 ans de séparations et de correspondances parfois suivies, parfois moins.
Il était donc chez la nouvelle Cass, à Frisco, un samedi, après une dure semaine : une quinzaine de parents d’élèves à recevoir et chaque fois Magnum se retrouvait complètement sec pour leur expliquer les progrès déplorables de ces p’tits chieurs en calcul et lecture. _Cass n’arrêtait pas sur les conneries : « Magnum, être mère, ça ouvre l’esprit [...] J’ai toujours cherché quelque chose sans savoir quoi - Tu t’souviens de notre passé anarchiste -- jusqu’à ce jour où j’ai mis Kevin au monde [...] Gommy, tu veux donner son biberon à Marta... »
« Et toi, Magnum, tu n’engendres pas ? C’est la seule façon de donner un sens à son existence ! Crois-moi ! »

Sans doute à cause de sa semaine chiante, de l’odeur écoeurante du talc (d’la poudre à cul) et des couches (où nichent les culs), Magnum avait eu envie d’envoyer le paquet contre Cass. Qu’importe la moustache de Gommy et ses sous-marins. Qu’importe le gros ventre et la possible fausse couche. Il voulait corriger Cass et son connard. Sans toucher aux gosses : théorie pédophobe oblige. A la De Niro, il avait regardé sur le côté avant de se lancer dans une attaque frontale. C’est à ce moment précis qu’il a ***croisé la vitrine d’armes de Gommy. Dans le reflet de la vitre, il est tombé sur son œil fasciné qui regardait un flingue en particulier
Quel flingue ?
Un vrai nez de Pinoquio, avec un p’tit aileron au bout du canon pour bien viser la cible. C’était le magnum de Clint Eastwood dans L’Inspecteur Harry.
Un magnum, voilà exactement ce qu’il fallait à Magnum pour boucler la boucle

Un samedi-matin, Magnum est sorti sur le balcon qui dominait la cour de récroch. Il avait une chaise avec lui.
Pour s’asseoir et surveiller la marmaille tranquille ?
Non. Pour autre chose. J’vais expliquer bientôt.
De sa poche, il a sorti un sifflet et il a soufflé dedans à la manière des arbitres de foot : « FUIIIIII ! »
Tous les gosses ont arrêté leur connerie de jeux (torture dans les chiottes, doigt dans le nez, marelle dans la cour) et ils ont regardé leur maître monter sur la chaise et s’accrocher une pancarte autour du coup. Avec ça, Magnum ressemblait à un Magnum déguisé en condamné à mort chinetoque.
Sur la pancarte, c’était écrit : « NE PAS RÉANIMER »
Certainement un exercice de lecture pour sa classe... P’t’être une méthode pompée dans ces manuels pédagogiques édités par le secrétariat d’état à l’éducation. Va savoir.
Alors les gosses se sont mis à lire : « NE PAS RÉANIMER », ils l’ont tous fait en chœur. Même Nick Adams a déchiffré l’écriteau ! Magnum avait fait du bon boulot ! Il pouvait être fier et mourir tranquille

A la Clint Eastwood, Magnum a empoigné son magnum. Il l’a sorti d’une de ces sortes de grands cache-sexes accrochés à l’épaule et qui tombent au-dessous de l’aisselle et il a plaqué le canon sur sa tempe et il a tiré pour que tout s’arrête et tout s’est arrêté.

 



Tuco

 




 

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